Six mois déjà que ce réveil se fait de plus en plus pénible, que ce sommeil se fait de plus en plus loin, de plus en plus désiré. J’ai soulevé mes yeux au ciel limpide, abrité par la pénombre du préau, la lumière d’un soleil éclatant giclait violemment sur le mur blanc à la chaux. Une femme d’allure joviale passe, me fixe furtivement, remarque ma gêne à ouvrir les yeux. Sa beauté m’enfonce dans un songe doucereux et son galbe m’extirpe une brulure profonde. J’ai envie de pleurer. Sa grâce est criante.
La tension sur les épaules qui ne me lâche plus. Décidée à s’approprier mon corps, à troubler mon âme déjà fendue.
Je marche. J’ai marché seul dans la foule de badauds aux pas aveugles, accaparés par leurs soucis, et les oiseaux qui narguent intrépidement leurs solitudes en se mêlant à la cécité des pas. Ma solitude est déjà vide. Mes pas sont lourds.
Tu es ma seule famille, mon unique pays. J’avais envie de dire. On se connaissait pas, on a marché un bout de route sinueuse et tremblante ensemble. Même si on ne se connaissait presque pas. Même si on ne se côtoyait presque jamais. On était assis là. Nulle part. J’ai cherché mes cigarettes. On a fumé assis. Sans rien dire. On se regardait les yeux dans les yeux. Les mains dans les poches. Le cœur faible et palpitant. Le sourire aux bouts des lèvres.
Ces larmes dans des yeux secs. Ces yeux dans ce ciel vide. Tes lèvres sont ma seule famille, mon seul pays. Ce pourpre et ma seule couleur.
Tu es ma seule famille. J’ai fouetté le vent avec mes je-t’aime. J’ai souris alors.
Demain tu m’aimes.
Ce visage me hante
Mémoire trouble.
Ce visage me hante.
Chaque jour.
Tous les jours.
Je ne sais pas qui je suis.
Je ne sais plus, depuis.
Rêves oubliés.
Des promesses.
Et puis, un calme long et pénible.
Ta vie et si paisible
Ton destin !?
Mystère imprévisible.
Des mots qui se déchainent.
Sans issue tes sentiments.
Sans issue tes mots.
Des mots qui se brisent.
Sur une roche, sur une glace.
En milliards, dans le ciel,
Je me déplace.
Laisse-moi rêver.
Laisse-moi sourire seul dans la nuit.
Seul dans tes nuits.
Puis je dormirai à jamais paisible.
Paisible comme antan.
Comme jamais autant.
Je suis malade. Le cabinet se situe dans un immeuble vieux comme les pharaons, agonisant comme l’innocence. Le docteur avec sa barbe poivre sel et ses lunettes ridicules, ne cachait pas son émotion, qui ne cachait pas le diagnostic fatidique.
On oubliera tout.
- Ça ira je vous assure. Je suis vivant n’es ce pas !
J’ai lancé ma phrase, pour casser un petit silence qui a duré éternellement, un silence qui disait qu’il y a encore de l’espoir, qu’il très mince, qu’il est navré, que je peux maintenant me tourner vers Dieu, que la fin est proche. Ma fin.
- Oui, bien entendu. Il y a encore de l’espoir, des médicaments sont en phase d’expérimentations. Et puis nous les musulmans on croit en Dieu…
Ma chère,
Le silence n’a que trop duré pour rendre la vie encore plus insensée.
J’ai regardé la télé cracher son venin, jusqu’à ce que je m’abrutisse dans ma léthargie de tous les navets cultivés dans nos champs tristes. Puis j’ai cru m’endormir pour retrouver une sérénité fatiguée. Une petite voix très capricieuse me l’interdisait. Je voulais me blottir contre ma peine mais mon oreiller me refusait l’accès à la paix. J’ai parlementé avec mon rêve. Il m’a fui, je l’ai maudit. On s’est agité.
Depuis ce matin, j’avais pris assez d’ombre pour ressembler à un étendage de draps dans un jour sans vent. J'étais humidifié et calme. Mais faussement serein. Je voulais te dire que mon destin a tranché, que je suis navré pour tout ce qui c’est passé. Je suis malade et je suis condamné à tout oublié. Il ne me reste plus rien.
Voilà. Je voulais que tu le saches, avant que je ne sache plus rien. Je voulais te le dire moi- même.
Saches que je n’ai rien légué à part ma mémoire, qui disparaitra ironie du destin dans mes méandres.
Il me restera ma démence.
Il me restera des espoirs inédits et des promesses mortes.
Ne me réponds pas. Je ne lirai pas, je ne répondrai pas. Je t’oublierai. Je ne te reconnaitrai plus.
Ne m’oublie pas.
Il lève les yeux au ciel et agite face à face ses mains ouvertes, comme pour saisir quelque chose de tangible. Ses mains aux doigts fins et sans fin, des mains qui faisaient fantasmer toutes les filles. Son regard s’en trouva éclairé. Presque radieux. Dans ce vacarme pittoresque où la voix des bambins boutonneux se mêlait au crépitement d’un microphone tousseux et de hauts parleurs aphones, la voix du maître scinda ce tohu-bohu en un silence net, sans bavure.
- Je vous ai ramené du soleil à l’ombre et je vous ai raconté des blagues.
Le silence est redevenu dubitatif menaçant de s’écrouler en une mêlée ouverte.
- Durant toute cette année, je n’ai fait que vous raconter des mensonges.
Sa bouche commença à émettre des propos qu’il n’a jamais préparé, des mots qu’il ne connaissait pas, dont il n’a jamais soupçonné l’existence. Il s’entendait parler tout comme son auditoire le faisait, mais ne réussissait guère à connaître la source de cette énergie soudaine. Ses mots serrés, réglés comme un papier musique déferlaient. Des mots qui devaient s’échapper de son enveloppe charnelle à son insu, comme par envoutement. Son salut y est au bout, sa vie et sa mort. Au début la fin. La fin est le début. Ainsi va le monde.
La voix lézardée du maitre d’habitude si limpide, trahissait son émotion.
- Le suzerain a eu raison de nous. Amen.
C’est une journée magnifique, le soleil est si doux, ses rayons cajolent le visage du maitre qui se laisse faire par ses frôlements quasi impudiques. Lâcha un soupir, se retourna vers son acolyte, le sourire plein :
- une belle journée.
La haine que l’on garde pour soi n’est pas jouissive a-t-il toujours répété.
- Je repars en croisade contre ma cupidité et ma vanité.
Une lueur dans son regard laissait apparaitre ce jeu de mots qui lui était propre.
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Et j’ai déambulé sans but, emporté par une tristesse soufflée par le noir des nuits solitaires, et la blancheur du sommeil perdu à jamais. J’ai marché éparpillé aux quatre vents, des larmes de poussières dans des yeux en cendres rouges.
Située dans ces quartiers ou la misère se lit sur les visages des mômes, qui crient, courent, comme pour attraper une part d’innocence déjà tut et des murs qui ne finissent de s’enlaidir à coups de lamentations, le maitre qui a toujours du mal à se réveiller, déçut probablement par le sommeil, n’oublie pas d’ouvrir ses yeux mi clos pour voir le ciel avant de mettre ses lunettes sombres. Depuis des années, il a évité la lumière. Elle est trop belle, il disait.
En quittant sa chambre louée depuis déjà trois mois à cette bonne vieille femme qu’il appelait Hajja, eut égards à son âge certain et sans jamais vraiment connaître son nom et sans jamais chercher à le savoir.
Frappa à sa porte, lui lança à tout hasard un Adieu délicat.
- Au revoir mon fils, lui fit la vieille femme, la cigarette au tabac douteux, plantée au milieu d’un visage buriné par les temps crapuleux.
Elle l’a toisé comme si s’était la première fois qu’elle le voyait, puis marmonna :
- On ne vît qu’une fois, mais on meurt autant que notre existence se prolonge.
L’homme a crée le train pour que les désespérés se jettent sous ses rails. Je crois en des valeurs dont je suis le seul à croire, j’ai rêvé toute ma vie, mes rêves se sont mus en un large, béant désespoir. Je suis devenu l’ombre de mon ombre et mon sourire n’est que la grimace de zygomatiques sclérosés.
Et j’ai déambulé sans but, emporté par une tristesse soufflée par le noir des nuits solitaires, et la blancheur du sommeil perdu à jamais. J’ai marché éparpillé aux quatre vents, des larmes de poussières dans des yeux en cendres rouges.
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Lumières tamisées par les miasmes des cigarettes. Des épaves échouées tout autour des chaises qui maintiennent des corps renfloués par l’alcool, des semblants d’hommes qui essayent en un ultime sursaut de dignité de ne pas se pisser dessus, se précipitent aux caniveaux la braguette ouverte, cherchant à soulager une vessie qui n’en finit pas d’éclater. Regagnent ensuite leurs chaises, et la valse est exécutée infiniment ponctuée de : remettez !!
Un mot aussi lent que la mort, un mot qu’on entend qu’une seule fois, pour alléger les tourmentes stagnantes, puis une fois et encore une fois jusqu’à ce que engourdis par la plénitude artificielle, le signe du doigt désormais prend place à la parole, et la musique faites de tintements de bouteilles accompagne des voix en sourdine.
La valse continue.
Je donne le ton.
Remettez ! Un signe de la main.
Adipeuse à l’extrême, jusqu’à l’étouffement. Je l’ai regardé tendrement. J’ai regardé ses seins qui éjaculaient de son corset en faux velours. Les yeux en khôl, la tristesse au bout des cils et le sourire sincère.
J’ai regardé ma bouteille par pudeur innocente. Imbibé d’indifférent dégout.
Et j’ai déambulé sans but, emporté par une tristesse soufflée par le noir des nuits solitaires, et la blancheur du sommeil perdu à jamais. J’ai marché éparpillé aux quatre vents, des larmes de poussières dans des yeux en cendres rouges.
Fais-moi l’amour, je suis triste...
Des journées entières à ramasser des yeux des tonnes de sables, les petits cailloux insignifiants, à humer l’iode des souvenirs.
Excuses moi j’ai collé mes lèvres sur ta joue un peu trop longtemps,
J’en ai oublié que ce ne sont pas mes joues après tant.
Que dans tes lèvres des petits bouts de paradis.
Le paradis est perdu.
Vois-tu !?
J’ai aimé souffrir seul,
Alors j’ai souffert seul.
J’ai eu le mépris de l’événement,
La patience de marcher dans l’oubli.
J’ai marché sur le pavé des bonnes intentions,
Et que l’enfer est pavé de bonnes intentions.
Me diras-tu.
Le mépris a fait un don de soi.
J’ai baissé ma garde,
Je t’ai laissé renter,
Je t’ai offert, le sourire,
Ma confiance.
Tu as cogné fort autant que t’as pu,
Tu m’as blessé à coup d’acharnement futile,
Tu m’as trahi à coup de nonchalance servile.
Ce couteau au cœur.
Ce n’est que du bonheur...